L ‘ É R O S A R B É N U S 2020

Installation Sculpturale et sonore/ silicone, terre cuite, Liquide, aire, haut-parleur / 2020             

Production : Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains
En parteneriat avec  l' Inria - Defrost (Deformable Robotic Software)

* PRIX  "Révélation Art Numérique et Art Vidéo ADAGP 2020".

 

L’ Érosarbénus* est un corps, un arbre, une sculpture sensuelle qui appelle au toucher. Inspirée par la richesse des formes végétales et de l’anatomie humaine, l’artiste Yosra Mojtahedi s’interroge à travers ses œuvres sur la frontière entre vivant et non-vivant. Afin de transmettre la sensation de la vie, l’artiste a travaillé avec le laboratoire DEFROST de l’INRIA, spécialisé dans les soft robots, des robots mous et souples animés par un système de souffle d’air. Telle une fleur qui s’ouvre, l’œuvre offre une apparence organique dont la réalisation a fait appel aux quatre éléments : terre, feu (cuisson de la céramique), liquide, air. Érosarbénus respire, elle chante aussi. Puisant dans ses racines persanes et kurdes, l’artiste convoque des chants traditionnels pour transformer la sculpture en caisse de résonnance de ces chants interdits aux femmes en Iran. Dans la pièce flotte une odeur entêtante et sensuelle de rose, parfum emblématique de la civilisation persane.

* Composé de trois mots : Éros, arbre, Vénus

L ’ É r o s a r b é n u s est un espace, un lieu, un corps, un vide. Elle respire, elle désire. Je me souviens, j’ai touché fleur, fruit et fleuve. La fleur palpitait comme un cœur-sein, comme un bras ou comme un sexe après jouissance. Quatre possibilités sur les quatre bouts de falaise noire avec des feuilles-fruits pendus qui saignent. Le sang des mères de Vénus étouffait sur la gorge d’un ciel noir.
Écoute… c’est la nuit qui coule sous ses pieds. Elle devient l’eau, la terre, et c’est l’air qui la fait vivre. Il coule dans ses veines, dans ses seins, dans sa chair. Elle respire. La terre tombe. La terre bouge, elle devient cube, carré, fontaine. Elle respire. Ses muscles phalliques vont se mouvoir. Ce sont des robots, doux et mous. Le temps est un récipient de décision, qui s’attache à la crinière du cheval. Elle respire comme un citronnier, une fleur de sexe, un orgasme, un instant figé. Elle se mouille, elle palpite, comme une longue rivière, comme un régime illimité. Comme un homme qui gouverne et qui s’attache à la gloire d’un oiseau mort, un arbre coupé. Une feuille sèche, une forêt brûlée, un ciel fumé.
Une odeur intime se propage dans les ténèbres de tes poumons, ton cœur tremble, sa voix rentre dans tes veines. Écoute, elle respire. Touche son obscurité. La nuit te pénètre de son empire.