Biographie

Mon premier violoncelle n’avait pas de cordes. Et pour cause : le seul instrument disponible à mon entrée au conservatoire était éclaté au moins en dix morceaux. En même temps, c’était un moindre mal, car il n’y avait pas de professeur non plus. A 8 ans, je posais les pièces de ce puzzle de bois sur le tapis du salon et tentais de comprendre comment pouvait bien marcher cet instrument.

Ça ne pouvait pas mieux commencer.

Des années et une bonne dizaine de professeurs plus tard, je volais 4 médailles au conservatoire (de toutes les couleurs : bronze, argent, vermeil et or), et je filais avec mon instrument sur des chemins non répertoriés par la cartographie classique.

Sur notre route, nous rencontrions des metteurs en scène, des compagnies de théâtre. Nous jetions des coups d’archets dans des impasses de folk-suicide, cherchions des nuances dans d’étonnants sentiers improvisés, ralentissions vers des détours plutôt irlandais, tournions en boucle sur des autoroutes électriques, entrions en pizzicato dans des forêts de bambous…

De retour au studio, nous redessinions ces multiples pistes en multipistes, moi et mon violoncelle, jouant de lui-même, jouant sur lui-même, devenant plusieurs, s’interrogeant, se répondant, s’entremêlant …

Si mon premier violoncelle n’avait pas de cordes, aujourd’hui, il en a quatre, huit, seize…